Quand je sens l’ardent flot (non point extremement)
» Car toute extremité n’est saine tant soit bonne,
Ma duisable chaleur atteinct plus la personne,
Si mon interieur sort du trou mollement.
Venus mere d’Amour me desire ardemment,
La mesme chasteté ainsi m’affectionne,
Toutesfois sans Venus, qui de son surjon donne,
Nul ne voudroit jouyr de mon bien nullement.
En m’aydant je luy ayde avec naïfve flame,
Et de plusieurs façons on use de mon ame,
Roys, Bergers, sont remplis de sa fecondité.
Qui sans coust est utile, à la longue on s’en fasche,
Trop de mol fait vomir, trop de dur serre & lasche,
Mais son Ovale engendre oeuvre plus souhaitté.
Explication
C’est un oeuf molet, que l’on a mis bouillir, qui par sa chaleur
eschauffe la personne à luxure, & qui est fort sain, dont les plus sages
en mangent ainsi ; mais sans estre salé on n’en pourroit manger, l’un
s’accommode avec l’autre, le sel seul, ni l’oeuf sans sel ne seroit trouvé
bon : on en mange diversement, de pochez, fricassez, &c. C’est une
viande dont les Princes usent & tous les pauvres gens comme d’une
manne feconde, qui est bonne sans despense. Mangeant ordinairement
des oeufs molets on s’en degouste, ils font mal au coeur & sont
vomitifs, & estans durs ils restreignent le ventre, & en prenant trop
ils le dévoyent & gastent l’estomach. L’oeuf, d’où vient ce mot d’ovale,
estant faicte comme un oeuf, engendre un poulet, qui vault mieux, &
que l’on desire plus que luy.
• Les guillements en début de vers indiquent qu’il s’agit d’une sentence, d’un
proverbe, voire d’une citation.
• duisable : plaisante, profitable.
• surjon : ici source, la « source » de Vénus est l’écume de mer qui donne le sel.
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