enigmes

 

Je suis commun par tout & par tout estimable,
Aussi chacun par tout m’a voulu retirer,
Les pauvres ne feroyent sans moy que souspirer,
Les grands en cent façons me rendent delectable.

Mon corps est fort divers, & est fort aggreable,
Il rejouyst la veuë & si la faict pleurer,
Mon fruict qui n’est point fruict se void beaucoup
durer,
Maugré l’orgueil du temps qui le rend plus aimable.

Il est bon (mais non tant que sa doulce liqueur)
Laschant au premier feu, guerissant la douleur,
Et mesme celle-là qu’il fait par son usage.

Mais son trou naturel comme un baston formé
Jette plus de semence au beau Prin-temps aimé,
Qui friande en Amour est plaisante en mesnage.

 

Explication

C’est le chou aimé & commun en tous lieux, c’est la chose dequoy les plus pauvres usent le plus, & sur tout en leur mesnage en craignant la perte. Les seigneurs prennent plaisir d’en manger diversement. Il y en a de plusieurs sortes, de blancs, de rouges, grillés, frisez, à fleur & et le plus de verds. Ces diversitez recréent la veuë, & les mangeans l’offensent : leur fruict n’est que fueilles, ils resistent à l’hyver, & durent trois ans, quelquesfois le bouillon vault mieux, n’ayant gueres bouilly sans le mixtionner. Il fait bon ventre, ostant les ventositez que la fueille fait. Le trou de chou faict en baston, a forces rejettons qu’aucuns appellent minces, qui sont bons, soit en salade ou autrement.

et si : pourtant, néanmoins.
• recréer : égayer.

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