Hanno Millesi
Murs de papier
Traduit de l’allemand (Autriche) par Valérie de Daran
« Ce qui rend si intéressantes les nouvelles de Millesi, c’est cette façon érigée en principe d’asséner des coups irrationnels ou grotesques à l’équilibre apparent de la famille, et de mettre ainsi au jour les points de rupture de la famille comme système. »
Peter Landerl, Buchmagazin, Literaturhaus Wien, 2007
« Après quelques séances de cinéma – nous regardions certains films plusieurs fois d’affilée – mon père m’a avoué un jour, sur le chemin du retour, qu’il avait reconnu très tôt en Jean-Pierre Léaud une nature proche de la sienne. Sur de nombreux points, il se sentait semblable au Français, ils étaient comme deux gouttes d’eau, des jumeaux, non seulement par la physionomie mais aussi par la manière de voir le monde. Je marchais à côté de mon père sans dire un mot et l’observais tandis qu’il balayait de son visage une mèche imaginaire, dans un élan de la main.
« On n’avait pas besoin d’examiner longtemps l’idole de mon père pour constater qu’il n’y avait pas la moindre ressemblance entre eux. »
Exclusivement vouées à l’investigation de la micro-cellule familiale, les dix nouvelles de Murs de papier livrent, sur un mode à la fois drôle et acerbe, le point de vue des enfants eux-mêmes. Jamais encore ce regard pour ainsi dire en contre-plongée n’avait démonté avec une telle pénétration les mécanismes socio-psychologiques du comportement parental.
Se sentant ainsi soumis à l’observation permanente de ses parents, l’enfant se fait l’effet d’être « le maillon d’une expérience » et de subir « une batterie de tests » dont les résultats vaudront très sûrement à ses géniteurs « un titre de docteur ». Ailleurs, c’est leur égoïsme, leur hypocrisie et sa propre fonction d’alibi qu’il met au jour : « Hier nous avions donné sens à leur vie, aujourd’hui nous étions là pour les distraire, demain nous aurions à subvenir à leurs besoins. » C’est encore l’usage infantilisant d’une parole munie de « sécurité-enfant » que dénonce l’enfant s’insurgeant contre le rôle d’asservissement de cet « appareil de pouvoir qui, si possible, étoufferait dans l’œuf mon indépendance d’esprit. »
Aux antipodes tant de la mièvrerie que du réalisme, l’extrême lucidité de ces enfants, leur capacité d’analyse et d’abstraction exacerbée n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, le cinéma du premier Haneke. Mais la comparaison s’arrête là en raison de l’humour dont ne se départit jamais la langue de Hanno Millesi, et qui rend la lecture de ces dix petits textes véritablement jubilatoire.
Né à Vienne en 1966, Hanno Millesi a soutenu une thèse de philosophie sur L’Usage de la photographie dans l’Actionnisme Viennois avant de devenir, de 1992 à 1999, l’assistant d’Hermann Nitsch. Écrivain et historien d’art, il a publié une dizaine de romans et recueils de nouvelles et obtenu plusieurs prix et distinctions littéraires. Murs de papier, son avant-dernier ouvrage, a été sélectionné pour participer au concours Ingeborg-Bachmann 2006.
Traduit avec le concours du Centre national du livre et du BMUKK (Ministère fédéral autrichien de l'enseignement, de l'art et de la culture)
Dossier de presse
Extraits
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